Existe-t-il un geste plus universel que celui de signaler le lieu où reposent les morts?

Geste si universel qu'il constitue probablement l'un des rites religieux -au sens de religare : relier- les plus fondamentaux puisqu'il réunit toutes les civilisations et toutes les cultures du monde. Certains peuples possèdent des monuments funéraires en bois, mais, généralement, c'est la pierre qui est choisie pour sacraliser l'espace destiné à la dépouille des ancêtres sans lesquels nous ne serions pas. Poser une dalle, dresser une stèle, assembler un dolmen, construire un mausolée... du plus humble au plus élaboré, les monuments funéraires témoignent certes des croyances ou des interrogations de l'Homme sur l'au-delà, mais ils désignent tout autant les valeurs de la société qui les a édifiés. Les sépultures et leur mobilier sont souvent les seuls vestiges qui subsistent d'une civilisation ancienne, voilà pourquoi leur étude est d'une importance capitale. L'art funéraire basque offre justement un éclairage original sur la société traditionnelle. Il s'agit tout d'abord d'un art véritable qui mérite un regard débarrassé de cette suffisance que l'intelligentsia porte habituellement sur "l'art populaire". Mais les stèles discoïdales ouvrent des perspectives qui dépassent largement le champ esthétique. Leur étude permet de comprendre la société qui a produit de telles œuvres et elle nous fait pénétrer dans les mentalités de nos ancêtres avant de nous inviter à cerner nos propres attitudes face à la mort et à la vie. On l'aura compris, forte d'une expérience de plus de trente ans, l'association Lauburu propose aux lecteurs de ce livre une approche culturelle largement ouverte: les repères historiques, les données ethnographiques sur la société traditionnelle, la mise en valeur du savoir-faire des artisans débouchent sur le devenir de cet art séculaire. Le cœur de l'ouvrage est sans nul doute le chapitre consacré à l'interprétation des images et des signes sculptés sur les monuments basques. Disons-le tout de suite, on ne trouvera dans ces pages ni une explication savante, ni une théorie définitive, mais plutôt des regards croisés qui laisseront à chacun la possibilité de s'approprier cet art. Le livre aura atteint son but s'il permet de réinvestir aujourd'hui l'extraordinaire capacité de la pierre à exprimer des valeurs éternelles. Le mouvement est d'ailleurs amorcé: depuis quelques années en Pays Basque, à côté des cimetières enlaidis par un chaos de caveaux aussi sinistres qu'impersonnels, les cimetières jardins laissent à nouveau les stèles discoïdales fleurir comme autant de soleils face au mystère de la mort.

Car, en définitive, l'art funéraire, comme tout art, n'a de sens que s'il accueille et renvoie la lumière.